La taxe d'habitation est un outil primordial aux yeux des communes. Sa diminution massive d'ici 2020, confirmée par Macron, annonce une révolution de la fiscalité locale. La proposition d'Emmanuel Macron d'exonérer 80% des ménages de la taxe d'habitation lui avait valu des sifflets de la part des maires de France en mars. Quatre mois plus tard, alors que l'exécutif a lancé ce lundi la concertation avec les collectivités locales, l'inquiétude n'est pas retombée, malgré les promesses de compensations. Et pour cause: la taxe d'habitation est une part non négligeable du budget des communes. Dès l'annonce de la mesure, l'Association des maires de France (AMF) rappelait que le coût de la réforme telle que la présentait le candidat, estimée dans un premier temps à 10 milliards d'euros, représentait "36% de l'ensemble des ressources propres des communes". En 2016, les recettes des contributions fiscales pour le secteur communal atteignent en tout 54,2 milliards. 13,2 milliards d'euros pour les impôts économiques (cotisations et impositions des entreprises et taxe sur les surfaces commerciales) et 41 milliards pour les "taxes ménages". Le produit de ces "taxes ménages": 22 milliards d'euros de taxe d'habitation, 18 milliards de taxe sur le foncier bâti et 1 milliard sur le foncier non bâti. Si les collectivités locales perçoivent 22 milliards d'euros au titre de la taxe d'habitation - soit 40% de ses contributions fiscales -, 18 milliards sont générés directement par les contribuables. Les 4 milliards restant, versés par l'Etat aux communes, correspondent aux exonérations et abattements dont profitent déjà plus de 4 millions de ménages. Après la réforme, ils devraient être plus d'une vingtaine de millions. Plus une commune possède d'entreprises sur son sol et plus elle a de rentrées d'impôts économiques. Cela se traduit bien souvent par une moindre pression fiscale sur ses ménages. Ainsi, comme le souligne l'OFCE, "alors que le revenu médian est proche à Poitiers et à Cognac, la taxe d'habitation moyenne est de 592 euros à Cognac quand elle s'élève à 1099 euros à Poitiers" - elle est de 662 euros par ménage en moyenne en France. A l'instar de la taxe foncière, qui ne concerne que les propriétaires, la taxe d'habitation est assise sur les valeurs locatives, dont la grille de calcul date des années 70. Toutes les tentatives de révision ont échoué depuis des décennies. Injuste d'une commune à l'autre, elle l'est également au sein d'une commune, ne tenant pas compte des revenus des ménages. "La taxe d'habitation est un impôt injuste, il accroît l'injustice sociale", a répété le président ce lundi au Sénat. Parce que les rentrées fiscales et les besoins budgétaires ne sont pas les mêmes d'une commune à l'autre, les disparités sont grandes. En 2016, la taxe d'habitation était de 481 euros à Paris et de 1385 euros à Marseille. Un ménage marseillais de la classe moyenne qui paye actuellement la taxe d'habitation devrait donc plus profiter de la prochaine exonération qu'un ménage parisien. "L'Etat remboursera entièrement auprès des communes leur manque à gagner à l'euro près", a promis le président lors de la campagne. Plutôt que de 10 milliards d'euros, le coût des "80%" a finalement été estimé à 8,5 milliards d'euros pour les communes chaque année. "Personne ne croît à la compensation", a indiqué le président de l'AMF, François Baroin, dans Le Parisien. Les premiers édiles craignent que le mécanisme de compensation "à l'euro près" soit rapidement remis en cause et les contraignent à saigner leur budget. Car dans le même temps, le gouvernement exige une réduction des dépenses de 13 milliards d'euros d'ici 2022 pour les collectivités locales. Résultat: tout en ayant moins les coudées franches en matière de fiscalités, les communes vont devoir se serrer la ceinture. Pour tenir leurs budgets et leurs ambitions, elles avaient beaucoup joué de la taxe d'habitation - elle a ainsi augmenté de 121% de 2000 à 2016, alors que le revenu des ménages prenait lui 50%. La solution devrait passer par une nouvelle approche, promise par le chef de l'Etat. "Je souhaite que nous ouvrions, dans le cadre d'une commission de travail (...) une réflexion profonde de la refonte de la fiscalité locale et en particulier en substitution de la taxe d'habitation", a-t-il déclaré à la Conférence tenue au Sénat. Il pourrait s'agir "d'une part de CSG ou de CRDS, un impôt au moins proportionnel et qui est plus intelligent que ne l'est aujourd'hui l'actuelle taxe d'habitation", a-t-il précisé. Plus qu'une réforme, la suppression de la taxe d'habitation pour la majorité des ménages annonce une petite révolution. Reste à savoir quelles communes en sortira gagnantes ou perdantes.